mai 2009. Projet CHB : à propos d’un sondage du MET, et d’une plainte de propriétaires.
La liaison CHB est-elle unanimement contestée ?
Evidemment non. Du reste, cela n’a jamais été notre sentiment, même si le Groupement CHB s’est attaché depuis 1996 en tant qu’asbl, et depuis 1983 en tant qu’association de fait, à lutter contre ce projet qui a pour principale justification d’avoir été porté en 1969 dans les plans des Travaux Publics, et inscrit depuis lors à l’encre indélébile dans les projets de certains responsables politiques liégeois et autres promoteurs.
De multiples arguments ont été développés par le Groupement CHB et par les autres opposants pour démontrer l’inutilité et la toxicité de ce projet. L’étude d’incidences sur l’environnement, réalisée pour le MET en 2005, a apporté des confirmations à ce sujet : la liaison CHB n’aura pas d’impact significatif sur la fluidité du trafic du centre ville de Liège, elle n’aura pas non plus d’impacts significatifs sur la saturation du tunnel de Cointe et du ring Nord de Liège. Elle aura un impact sur la zone traversée, par la redistribution du trafic liée à l’implantation de la nouvelle voirie (12,5 kms) par l’effet des vases communicants. Mais elle ne pourra pas échapper à la règle des chaînons manquants qui, une fois réalisés, ne peuvent que céder la place au chaînon manquant suivant, après avoir contribué à satisfaire l’augmentation d’un trafic non contrôlé. C’est précisément ce point qui doit faire l’objet d’un choix, qui est un choix politique : dans notre ère de crises énergétique, climatique, économique, il faut mettre tout en œuvre pour rééquilibrer les dérives du recours excessif au transport automobile (voitures et camions) ; il faut en reprendre le contrôle en arrêtant d’y consacrer des ressources publiques rares, et utiles à d’autres projets. Ce n’est plus le temps de gaspiller les moyens publics.
Les résultats du sondage d’opinion demandé par M Daerden tombent en pleine campagne électorale, et participent manifestement à une stratégie de circonstance. Le 30 avril, La Libre Belgique, dans son supplément publicitaire (malgré les apparences) « Liège Eco », a réservé deux pages à la Sofico dans lesquelles cette société publique justifie CHB avec des arguments sommaires, assortis de chiffres censés les crédibiliser, mais n’apportant pas d’éléments nouveaux par rapport à l’étude d’incidences de 2005. Le même jour, les chaînes radio RTBF (la première et la radio liégeoise Vivacité) se font l’écho du ras-le-bol de riverains dont les biens sont gelés depuis 40 ans, et qui en appellent à une décision rapide du gouvernement. Le même jour encore, à 13h00 et à 13h30, c’est la première chaîne télé de la RTBF et la TV locale liégeoise qui relaient le message, avec des habitants de Soumagne et une interview du bourgmestre Janssens qui en appelle à une décision (chacun sait que d’opposant en 1992 à la liaison, Charles Janssens est devenu un farouche partisan).Tout cela, sans un mot sur les critiques que le projet soulève. On voit donc bien d’où souffle le vent…
Il faut être clair : les opposants au projet comprennent très bien ces propriétaires excédés, ils se demandent comment ils ont pu être si patients, et les encouragent dans leur action en justice. Il est effectivement temps que le gouvernement wallon renonce à ce projet du passé, et au besoin qu’il indemnise les propriétaires et les riverains, qu’il a depuis longtemps transformés en otages.
Quant au sondage qui avait déjà été annoncé par M Daerden au début avril, il a été publié en exclusivité dans le Soir du 2 mai. Les résultats en étaient hautement prévisibles, par son objet même qui consiste à récolter, suivant la demande de son commanditaire (le MET de M Daerden), des opinions sur un sujet technique aux multiples facettes. Car ce dossier ne se limite à relier deux autoroutes entre elles, il concerne aussi d’important enjeux environnementaux (climat, biodiversité), urbanistiques (dé- et périurbanisation), économiques (pénurie du pétrole, mobilité durable), etc. Le niveau de connaissance du dossier des citoyens questionnés n’a pas été scientifiquement vérifié à ces niveaux. Les conclusions d’un tel sondage étaient donc prévisibles. Et oui, si cette infrastructure existait, les opposants pourraient aussi en être les utilisateurs ! C’est ce genre d’évidence qui a été présenté par le sondage comme une démonstration de la nécessité du projet... A ce sujet nous vous invitons à consulter le sondage en réplique d’Inter-Environnement Wallonie, il en vaut le détour. Voyez « CHB : l’autre sondage », sur la page d'accueil du site d’IEW : www.iewonline.be.
Outre une méthodologie discutable, d’autres questions doivent être posées. Par exemple pourquoi ce sondage est-il limité à la région liégeoise ou à peu près, alors qu’il s’agit d’un projet à charge de tous les Wallons avec des prétentions de chaînon manquant européen ? Pourquoi alors ne pas poser à tous les Wallons la question de savoir s’ils sont d’accord de verser 400 millions d’euros (l’équivalent du quart du plan Marshall !) pour 12,5 km d’autoroute à l’est de Liège ? Pour quelle raison ne pas leur demander quelle autre affectation ils souhaiteraient pour cette somme rondelette ?
En guise de conclusion nous relevons que ce n’est pas ce sondage qui apportera les réponses que la Commission Européenne attend de la Région Wallonne, sur les manquements du dossier CHB par rapport aux réglementations européennes.
Depuis cinq ans le Gouvernement Wallon s’est employé, au forceps, à vouloir faire passer le dossier CHB, à l’aide d’un montage de plus en plus inepte (au point que l’Europe elle-même interroge le gouvernement wallon), pour tenter de réaliser un projet qui représente la quintessence des erreurs du passé et l’exemple même des erreurs qu’il ne faut plus commettre.
Le futur Gouvernement Wallon devra faire preuve de discernement et de fermeté face aux promoteurs acharnés qui ne veulent pas renoncer à ce projet dépassé, et constater que ce projet conçu il y a 40 ans (!) n’a plus droit à une nouvelle session. Il doit être définitivement écarté, au profit d’investissements pour une mobilité durable qui nous sera bien vite nécessaire.
