Quatrième affirmation des promoteurs de la liaison:

La liaison Cerexhe-Heuseux – Beaufays est « un ouvrage qui permettra de mettre fin, de manière définitive, aux nuisances rencontrées sur les quais de la dérivation et aux engorgement sur le tracé du tunnel de Cointe »
C’est, du moins, l’avis de Jacques Dehalu, administrateur délégué de la SOFICO
(« Gagner et réussir », revue des Chambres de Commerce de Liège et Verviers, avril 2005).




Notre réaction :

Nous affirmons, quant à nous, que la liaison Cerexhe-Heuseux/Beaufays (CHB) ne résoudrait pas le problème du trafic des quais de la Dérivation. Des comptages réalisés par notre association l’ont prouvé, dès 1986. Nous supposons que d’autres comptages, plus actuels, ont dû être réalisés par le MET pour clarifier ce point. Malgré nos demandes répétées, nous n'avons pas encore pu les obtenir. Peut-être n’existent-ils pas ? Ce qui, avouons-le, serait un comble dans un dossier qui engage quelque 200 millions d’euros d’argent public !

La dernière étude STRATEC réalisée pour la SOFICO à ce sujet, fournit des renseignements détaillés au sujet de la redistribution du trafic sur les axes routiers et autoroutiers susceptibles d'être influencés par la mise en service de la liaison CHB. Ces axes sont essentiellement ceux traversés directement par la liaison (voir à ce sujet notre Bulletin n°2, 2003, dans notre rubrique Archives).
Étonnement, STRATEC ne fournit aucun renseignement chiffré sur l'effet de la liaison CHB sur le trafic dans le tunnel sous Cointe et sur les quais de la Dérivation (STRATEC, « Analyse socio-économique de la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux-Beaufays (A605) », 30 mars 2002).
Pour ce qui est du tunnel, il nous semble bien plus vraisemblable que
CHB, d’une part, entraînerait un apport de trafic supplémentaire dans ses accès au niveau d’Embourg et d’Angleur, et d’autre part, encombrerait le tunnel en accroissant les remontées de file aux sorties vers Belle-Île et le centre ville, qui sont aujourd’hui les principales causes des ralentissements matinaux.

A de nombreuses reprises, notre association (groupement CHB) a tenté d'établir un contact avec l'ADRD (Association de Défense des Riverains de la Dérivation), en lui apportant notre soutien pour exiger la mise à gabarit immédiate des quais (pour laquelle il n’est pas nécessaire de construire CHB) afin d’en écarter tout le trafic de transit, et en lui demandant de pouvoir dialoguer avec elle. Nous n'avons jusqu’à présent obtenu aucune réponse de l'ADRD.

La mise en service de la liaison E25-E40 (tunnel sous Cointe) en juin 2000, avec les mesures d'accompagnement prises, ont permis de réduire le trafic des quais de près de 40% (?) dans la période qui a suivi l'inauguration. A peine 5 ans plus tard, cette diminution est en grande partie perdue. Il en serait de même avec les maigres effets que les habitants des quais peuvent raisonnablement attendre de la liaison CHB. En effet l’étude STRATEC (voir ci-dessus) a relevé qu’à l’horizon 2010 les « gains » réalisés sur la plupart des voiries environnant la liaison CHB seraient perdus en raison de l’augmentation "naturelle" du trafic automobile.
Quant à la future liaison CHB, une étude (non publiée) de la CPDT estime qu’à l’horizon 2010, elle serait utilisée à 77%. Or, les « spécialistes » disent qu’avec un actuel taux d’utilisation de 78%, le « ring » nord de Liège est aujourd’hui « saturé ». Autant dire qu’avec une prévision de 77%, la liaison CHB serait rapidement saturée elle aussi. Qu'en sera-t-il alors des quais de la Dérivation ?
Voila pourquoi nous pensons que les habitants des quais de la Dérivation et ceux des communes traversées par la liaison CHB, ont intérêt à développer un objectif commun, au lieu de se diviser à propos de la liaison CHB.
Il faut exiger ensemble de nos responsables politiques et de l'administration qu'ils cessent d'investir dans des projets dispendieux et inutiles, et qu'ils s'engagent sans tarder dans une politique de la mobilité qui
ose remettre en question le "tout à la route". Nous répétons à cet égard l'avertissement contenu dans le "livre blanc" de la Commission Européenne (octobre 2001): "dégager de nouvelles capacités en étendant le réseau routier ne constitue qu'une réponse provisoire pour différer la saturation du réseau".
Nous ne pouvons non plus ignorer dans ce débat la proposition de l’ingénieur liégeois Pierre Arnould, qui exhume et actualise une ancienne étude trop rapidement écartée au profit de la liaison CHB par les conseillers de TRANSITEC (étude BESIX SPBM, 1986). Dans cette nouvelle version (tunnel sous la Chartreuse ou jonction E25 ), le report du trafic de transit sur les quais de la Dérivation est total, ce qui est illusoire avec un contournement Est de Liège aussi excentré que la liaison CHB.
Nous reproduisons ici l'article publié récemment par Pierre Arnould à ce sujet (Outremeuse Promotion, revue du Comité de Quartier de l'Ile de Meuse, trimestriel, mars 2005, p 4-5). Il nous semble d'autant plus utile de lui donner la publicité qu'il mérite, à l’heure où nos pouvoirs publics sont prêts à consacrer un important budget à un autre projet (CHB) dont l'inutilité est établie.
Dans ce contexte, citons encore Jean-Marie Cremer, ingénieur du bureau d’étude liégeois Greisch qui est intervenu avec le savoir-faire que l'on sait dans la réalisation du viaduc de Millau (France), qui confirme l'analyse de Pierre Arnould, en déclarant dans Le Soir du 18 novembre 2004 que « tôt ou tard il faudra construire en plus un tunnel entre Bressoux, Grivegnée et Chênée », car la liaison CHB «  ne soulagera pas complètement les quais liégeois  »… Peut-on être plus clair ?
En conclusion:
Ce n'est pas la réalisation de nouveaux tronçons autoroutiers qui apportera des solutions durables aux problèmes de mobilité de Liège et de sa région. D'autres mesures sont nécessaires qui doivent faire la part belle aux transports en commun et rendre la ville à ses habitants.Malheureusement, nos responsables politiques ne semblent pas encore avoir admis cette évidence. Dès lors, s’ils s’obstinent à investir l'argent public dans une politique de mobilité obsolète (les projets autoroutiers) alors que l’Union européenne se met au rail et à la voie navigable, du moins qu'ils le fassent donc dans un projet (le tunnel sous la Chartreuse) qui présente effectivement une véritable utilité (soulager les quais de la Dérivation) sans infliger de dégâts collatéraux et irréversibles aux populations et à un environnement que les scientifiques wallons ont jugé digne d’être protégé dans le cadre de « Natura 2000 ».

 

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