Troisième affirmation des promoteurs de la liaison:
« Le tunnel sous Cointe est en voie de saturation et il faut le dédoubler d’urgence ».
Notre réaction :
- Contrairement à ce que l’on pourrait comprendre ici, le tunnel sous Cointe est encore très loin d'être "saturé".
- La question de la « saturation » n’est pas seulement technique, mais surtout politique. C’est une question de choix.
Le choix des mots est important pour convaincre. Nous en avons ici un nouvel exemple. Les autorités wallonnes répètent sans relâche dans le public que « le tunnel sous Cointe (ouvert en juin 2000 ) sera bientôt saturé », mais elles n’expliquent jamais ce qu’elles entendent exactement par « saturation ».
En agissant de la sorte, elles laissent s’inscrire dans l’imaginaire collectif liégeois (traumatisé par les bouchons quotidiens sur la E40 Liège-Bruxelles et retour) l’image d’un tunnel sous Cointe complètement bouchonné et embouteillé, où les véhicules seraient irrémédiablement à l’arrêt durant de longues heures par jour.
Quand « les gens qui savent » annoncent pour demain un tunnel sous Cointe complètement bouché, on ne peut évidemment que se ranger à l’idée qu’il faut réaliser au plus vite la liaison CHB. Surtout quand ces mêmes autorités « oublient » malencontreusement de signaler que le trafic international de transit dispose déjà d’itinéraires autoroutiers alternatifs pour contourner Liège (cfr « Première affirmation » : cliquer ici) !
Développement :
Il faut savoir que la « saturation » d’un axe routier ou autoroutier ne doit pas être confondue avec les « bouchons » et autres « embouteillages », tels qu’on les connaît aux heures de pointe quotidiennes sur la E40 depuis Boutersem, Haasrode ou Bertem (selon les jours), jusqu’à Bruxelles, ou en beaucoup d’autres endroits.
Les bouchons et les embouteillages sont des « limites physiques de capacité », dont chacun a déjà pu faire l’expérience et qui se caractérisent par un engorgement physique de l’axe routier ou autoroutier, au point que la circulation y est à l’arrêt (ou presque) durant un temps plus ou moins long et que l’on s’énerve de ne pas avancer.
La « saturation » d’un axe routier ou autoroutier, c’est autre chose. C’est une « limite théorique de capacité » (et non physique !), ainsi que Michel Daerden, ministre wallon du Budget, des Finances, de l’Equipement et du Patrimoine, l’a déclaré dans sa réponse à une interpellation du député Ecolo Bernard Wesphael (Parlement wallon, 10 novembre 2004).
Le concept de « saturation » d’un axe routier ou autoroutier est intimement lié à celui de « congestion routière ». La congestion routière est le « temps additionnel de déplacement » (autrement dit le « retard ») induit lorsque le volume de circulation qui se présente dans un réseau routier donné dépasse les capacités d’absorption de ce dernier. A partir de ce moment, les véhicules ne peuvent plus circuler librement, ils commencent à ralentir et donc à subir un « retard », qui va croissant au fur et à mesure que la vitesse de déplacement des véhicules diminue.
Intuitivement, chacun comprend cela, mais il faut savoir qu’il n’existe aucune définition scientifique communément admise du seuil (« seuil de congestion ») à partir duquel on peut dire que les usagers commencent à subir un « retard ». Chaque expert ou groupe d’experts y va donc de sa propre définition :
- les uns mesurent le « retard » à partir de la vitesse maximale autorisée sur le tronçon routier ou autoroutier concerné ;
- d’autres prennent pour référence la « vitesse à écoulement libre » (c’est-à-dire la vitesse qu’adoptent spontanément les automobilistes quand la voie est dégagée) et considèrent que le « retard » commence quand la vitesse des véhicules descend sous la « vitesse à écoulement libre » ;
- d’autres encore prennent aussi pour référence la « vitesse à écoulement libre », mais choisissent de fixer le « seuil de congestion » à un certain pourcentage de la « vitesse à écoulement libre ». C’est-à-dire qu’ils commencent à comptabiliser le « retard » quand la vitesse des véhicules descend sous un certain pourcentage de la « vitesse à écoulement libre ». Exemple : si ces experts décident de fixer à 60% le « seuil de congestion » d’un axe routier où la « vitesse à écoulement libre » est de 100 km/h, ils considèrent en conséquence qu’il y a « retard » dès que la vitesse des véhicules descend sous 60 km/h (100 km/h x 60% =)
En clair, la notion de congestion routière est d’abord subjective et elle reflète davantage une convention sociale qu’un absolu technique ou une « vérité » scientifique. Autrement dit, la fixation du « seuil de congestion » et la définition de la « limite théorique de capacité » (qu’est la « saturation » d’un axe routier ou autoroutier) sont des questions politiques, qui doivent faire l’objet d’un débat entre citoyens responsables et non être laissées à la seule discrétion des techniciens et de quelques politiciens « spécialisés ».
On peut déjà s’interroger ici sur la signification de cette « congestion routière » qui a pris dans certains endroits du monde une dimension catastrophique (exemple : Rome où l’interdiction de circuler un jour sur deux – selon que l’on est classé pair ou impair - ne suffit plus pour maîtriser la situation). Ce point sera approfondi dans l’argument …
